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Transatlantique en classe 40

 

Mars-avril 2020

Lionel Kubelko

 

 

C’est un des projets que j’avais en tête depuis très longtemps et qui vient de se réaliser, faire une transatlantique en équipage. Cette opportunité c’est présentée à moi avec la chance de la faire en classe 40 avec un grand skipper habitué des transats.

Ma préparation s’est faite avec beaucoup d’appréhensions et de questions se sont bousculées dans ma tête (le mal de mer, la compatibilité des équipiers, la météo, la mer) et puis naviguer trois semaines sur quatre mètres carrés avec quatre personnes ? Beaucoup d’inconnues ! La seule réponse me sera donnée à la fin de cette transatlantique.

Départ d’Antigua dans les Caraïbes et arrivée à Cherbourg.

Après avoir pris l’avion au départ de Paris et arrivé à Antigua , j’ai rejoint le bateau au port de Falmouth où le skipper Marc en pleine préparation, m’attendait seul, à ma grande surprise. Puisque nous devions être en équipage de quatre pour la remontée de la transat. Donc cette transatlantique en équipage se transforme en transat en double… Mais qu’importe !

Départ le mardi 3 mars au soir à 21h direction les Açores, deux semaines de navigation estimées avec un vent Est 15-20 nœuds tribord amure, grande voile et solent sous un ciel sans nuages, étoilés et une mer peu agitée, direction plein Nord. Première nuit de nave !.... Nous sommes restés sur le pont jusqu’à 2h du matin car nous n’avions pas sommeil et la température était bonne (27°c) . Nous avançons sous pilote automatique que nous n’avons jamais quitté jusqu’au Açores. Puis nous nous sommes couchés tous les deux, avec comme consigne de surveiller l’AIS sur un ordinateur dédié pour la surveillance des bateaux (cargos, pécheurs et autres) et à la route à faire.

Nous voilà en mer depuis 12h et nous ne voyions plus la terre, que l’immensité de la grande bleu. Les jours s’enchaînent au rythme du vent. Nous avons navigué quatre jours sans voir un seul navire.

Les jours se suivent et se ressemblent, une fois les voiles réglées avec un vent bien établi, nous en profitons pour lire, discuter, faire la sieste, préparer à manger, faire la vaisselle, dormir. Il faut de temps en temps vérifier les voiles, voir si elles sont bien réglées , si le vent ne tourne pas de trop et modifier les paramètres du pilote automatique, prendre la météo toutes les 6h pour suivre l’évolution de l’anticyclone ou des dépressions et analyser la meilleure route à suivre pour un rapport « cap vitesse le plus approprié » et voilà le rythme du navigateur qui défile jour après jour au gré du vent et des milles que nous avalons.

Mais, de temps en temps il arrive qu’un grain de sable vienne perturber la routine du bateau et de son équipage comme une maladie, une drisse, un taquet, une écoute, une girouette qui casse ou une voile qui se déchire ou qui tombe à l’eau, obligeant les marins à s’activer pour une réparation de fortune pour rallier un port et effectuer une réparation définitive et durable afin de pouvoir poursuivre sa route pour arriver à son port d’attache.

En effet, trois jours après notre départ d’Antigua, le skipper est tombé malade, il a été pris de fatigue fièvre (39,8°c) et de courbatures durant trois jours « probablement la dengue ». La veille du départ il a été bouffé par les moustiques au restaurant. Il est resté alité durant ces trois jours et incapable de se lever et encore moins de manœuvrer la moindre écoute, grand moment de solitude pour moi !

Mais dans une situation comme celle-ci pas question de se laisser envahir par la panique mais plutôt de prendre les choses en mains et de faire mon boulot d’équipier et second, je me suis occupé de tout.

Nous avons appelé le centre de secours qui est basé du coté de Toulouse « ce sont en fait des urgences». Ils ont suivi l’évolution de la maladie par téléphone et mail durant toute la semaine, et heureusement pour nous Marc le skipper dispose à bord d’une trousse médicale très bien fournie avec les médicaments qu’il fallait pour le soigner. Il a été remis sur pied en une semaine juste avant que les conditions météo ne commencent à changer et à se durcir. Car depuis le début de la navigation la météo était excellente, nous avions la GV et le grand spi de 210m2,, un vent de 20-25 nœuds Sud/Sud-Est, cap 355° et une vitesse de 8/12 nœuds.

Oui nous étions sous spi en effet le skipper m’avait demandé « pendant sa maladie » de changer le grément avant, de sortir le grand spi à la place du solent, ce que j’ai fait, quel boulot !!! Sortir le spi de la couchette arrière bâbord, l’amener jusqu’à la plage avant, le hisser, enrouler le solent, dérouler le spi et le border, comme en solitaire sur une transat. Finalement, le plus difficile dans cette manœuvre a été de transporter le spi du carré à l’avant du bateau, car les voiles sont lourdes et encombrantes, mais le reste de la manœuvre est simple. Elle m’a pris 20 minutes du début à la fin.

MaMais comme je vous le disais, la première difficulté météorologique c’est présentée devant nous, une dorsale avec des vents de 35-40 nœuds Est sur la route, coincé entre deux anticyclones de 1.030 et 1.027 Hp et avec une mer très agitée, de la houle de deux à trois mètres qui aurait pu nous porter directement sur les Açores en ligne droite mais dans des conditions très difficiles. Quand je vous dis difficile, il faut le vivre une fois pour avoir une idée des conditions de navigation dans lesquelles nous évoluons. Nous n’avons navigué que durant une douzaine d’heures avec une allure au près à 8 nœuds cap au 30°, puis nous avons changé de cap vers le Nord au 350° pour retrouver le calme et la tranquillité, quitte à rallonger la route dans une météo beaucoup plus tranquille et au final plus rapide, de ne plus sentir le bateau taper et vibrer à chaque vague avec un bruit infernal, et transformer la couchette en trampoline. Et là…. la question qui me vient à l’esprit : est-ce que la structure va résister, et combien de temps… ? C’est un bateau de course allégé au maximum pas de place pour le superflu « pas de plancher vous marchez sur la coque, les cloisons c’est la coque et quand la coque vibre vous vibrez avec elle , vous vivez avec le bateau ».

Cela nous a fait remonter assez haut vers le Nord à 300 milles de la Nouvelle-Angleterre pour récupérer le haut de l’anticyclone et ses vents Ouest qui vont nous porter aux Açores. Ces vents de 30/35 nœuds au grand largue nous ont permis de naviguer sous spi à une vitesse de 12 à 18 nœuds, voire des pointes de 19,5 en approche des Açores « après un vécu pareil, cela va être difficile de renaviguer sur un bateau de croisière qui peut atteindre les 8 nœuds max s’il est bien réglé.

Nous voilà aux Açores pour une semaine de confinement à quai pour cause de Covid 19, mais aussi pour attendre la bonne fenêtre météo qui nous permettra de reprendre la mer et poursuivre notre périple pour rallier Cherbourg.

Au bout d’une semaine d’attente une petite fenêtre s’est présentée qui nous permettait de naviguer 3 jours avec des vents Sud/Sud-Est 25/30 nœuds et qui devaient basculer de nouveau au Nord au quatrième jour. Nous étions prêt à partir mais au moment de larguer les amarres plus de moteur ! Batterie HS en court-circuit. Nous sommes dimanche, tout est fermé. Une journée de plus à quai. Lundi matin commande et remplacement de la batterie et nous voilà repartis, mais avec vingt-quatre heures de retard , nous avions un vent de Sud/Sud -Est comme prévu et donc le petit spi de 160m2 a été hissé avec la GV, après 4 ou 5 empannages sous spi pour sillonner entre les iles et nous voilà à nouveau en pleine mer pour deux jours de nave tranquille 25/30 nœuds cap au 45° et une vitesse de 10/12 nœuds et puis le vent a tourné progressivement au Nord au bout du troisième jour et s’est renforcé ainsi que la mer. Il fallait changer de voile et passer sous trinquette et prendre 3 ris à la GV. Nous nous préparions à cette opération quand la drisse de spi a cassé, M…. , le spi est à l’eau. Il ne nous reste plus qu’à le repêcher « 25 minutes à l’avant sur une mer bien agitée », le ramasser , sortir la trinquette et prendre 3 ris dans la GV pour encaisser les 40/45 nœuds de vent, voire 48 nœuds sous rafale à une vitesse de 8 nœuds au près serré dans une mer agitée et des creux de 3 à 4 mètres pour reprendre notre route infernale et rejoindre le port de La Corogne en Espagne, à l’entrée du golfe de Gascogne.

Nous sommes restés cinq jours au port pour nous reposer, réparer la casse et attendre le passage de l’anticyclone dans le golfe qui souffle à 47 nœuds et démonte la mer. Dans la bataille nous avons cassé une drisse , déchiré le spi et cassé une des deux girouettes qui servent au pilote automatique. Cinq jours pour tout réparer, préparé le bateau pour reprendre la mer et finir notre transat.

Nous sommes mercredi la météo est plus clémente quand nous reprenons le large direction Cherbourg, nous sommes au près sous GV un ris et solent vent 35 nœuds Nord/Nord-Est vitesse 8 nœuds cap 350° avec des creux de deux mètres. Mais très vite la houle se calme et les conditions de navigation deviennent plus agréables. Pour cette remonté nous avons dû être plus vigilants parce qu’il nous a fallu traverser deux fois le rail des cargos et croiser beaucoup de pêcheurs.

A l’aube du troisième jour, nous passons devant Ouessant par le Fromveur, puis nous longeons les cailloux de la côte bretonne sous un ciel immaculé de bleu, c’est un spectacle à vous couper le souffle en voyant tous ces récifs qui se dressent majestueusement devant vous à marée basse et qui vous rappellent sans cesse le danger qui rôde autour et qu’il ne faut pas trop s’y frotter au risque de laisser quelques écailles, mais cette carte postale me rappelle aussi que la transat touche à sa fin. Il nous reste plus qu’une seule difficulté et pas des moindres … le raz Blanchard avec ses courants légendaires.

Plus on s’en rapproche et plus le vent faiblit, nous devons impérativement arriver avant la renverse des courants, mais le vent tombe et nous oblige de mettre le moteur. Nous arrivons péniblement en alternance voiles et moteur (les caprices de la météo) à Sercq à la nuit, nous obligeant à prendre un mouillage pour la nuit en attendant la renverse des courants, car nous n’avons pas pu arriver à temps dans le raz Blanchard avec les bons courants. 6h du matin départ de Sercq avec les courants qui vont nous porter directement, sur le même bord jusqu’à Cherbourg, tribord amure vent Est /Sud-Est 15 nœuds.

Douze heure, fin de cette transat …..

 


 

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