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La Corse du Sud dans le vent

du vendredi 25 juin au samedi 3 juillet 2021
Pascale et Jean-Paul Lamy

 

Pandémie oblige, la croisière du début de l’été 2020 est reportée. Les contraintes sanitaires et complications administratives suffisamment assouplies, notre club, brûlant d’envie de reprendre la mer, arme cette année deux voiliers de huit équipiers chacun.

La flottille est ainsi composée de deux fort belles et confortables unités : un Sun-Odissey 490 baptisé Fantaisie et un Dufour 460 GL nommé Agrasot. (Note d’Auvergne Plaisance et Culture : Agrasot est un peintre espagnol du dix-neuvième siècle dont nous avouons avoir jusque-là ignoré l’existence).

     
   
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Vendredi 25 juin

Départ de notre chère Auvergne sous un beau soleil pour atteindre le port de commerce de Toulon en fin d’après-midi. Si l’autoroute est quasi déserte et le viaduc de Millau toujours aussi spectaculaire, le traditionnel bouchon routier d’entrée dans Toulon nous permet d’écouter les premières cigales de l’année.

Les voitures qui nous servent provisoirement de consigne à bagages sont mises à l’abri dans le parking Mayol tout proche et les équipage se retrouvent en investissant joyeusement la terrasse du « Red Barn Café » sur le quai face à la gare maritime, puis la terrasse du bistrot voisin pour dîner.

Vient ensuite l’heure d’embarquer, avec un peu d’appréhension quant au contrôle sanitaire nouvelle vague : c’est notre premier et l’enjeu est de taille ! Chaque certificat de vaccination ou test PCR doit être assorti d’une attestation, d’abord sur l’honneur et ensuite sur le papier, fraichement complétée en tirant la langue sur la table du restaurant. Cœur battant, chacun présente sa liasse de sésames au terme d’une longue file d’attente. Ouf ! Fiers et soulagés d’avoir réussi à franchir ce barrage, nous montons à bord tout en notant, certes avec un brin de mauvais esprit, que nos identités n’étant pas vérifiées, nous aurions pu nous munir des certificats des voisins.

Après nous être répartis dans de confortables et silencieuses cabines, et pour les plus chanceux avoir savouré un spectaculaire lever de lune, nous passons une excellente nuit à bord.

Samedi 26 juin

Ajaccio est bien plus à l’Est que l’Auvergne. Le jour s’y lève donc très tôt… et nous aussi, d’autant plus que le ferry est arrivé en avance ! Qu’à cela ne tienne, le quai Tino Rossi regorge de lieux hospitaliers pour le petit déjeuner de seize personnes et leurs bagages. Une fois dûment réveillés et restaurés, les chefs de bord procèdent à la prise en main du bateau tandis que les autres se dévouent pour l’avitaillement, garder la montagne de sacs et valises, voire explorer placettes et boutiques.

Le vent dominant est établi pour quelques jours au nord-ouest. Au terme d’âpres palabres et spéculations météo engagées depuis la veille entre les « influenceurs » et leurs sympathisants des deux bords, nous aboutissons à une décision commune : descendre au Sud pour visiter les bouches de Bonifacio, site exceptionnel et vents légendaires, plutôt que de remonter le long de la côte Ouest où les abris propices sont rares.

A 16 heures, après quelques heures de balade et de farniente, la livraison de l’avitaillement se faisant attendre, nous larguons enfin les amarres à la recherche de notre premier mouillage vers le Sud à l’abri du vent.

Long de 46 pieds, Agrasot est agréable avec ses quatre cabines dotée chacune d’un cabinet de toilette. Le carré est vaste et accueillant, avec de nombreux équipets. La cuisine est bien celle d’un bateau Dufour, point central autour duquel tout s’organise. En revanche, la table à cartes, de dimensions « modernes », n’est pas facilement accessible. Quant au bimini, probablement conçu pour un autre bateau, il ne peut pas se replier, ce qui rend difficile l’observation du ciel et des voiles. Mais l’ensemble est confortable et sous un grand beau temps, c’est avec bonheur que nous dînons dans un cockpit spacieux éclairé d’une élégante lampe de pont.

Nous doublons l’écueil de la Campanina pour nous abriter dans l’anse Medea bien protégée. Nous mouillons sur une bouée et déployons la vaste jupe arrière. Trempette bien agréable, nonobstant une échelle de bains inconfortable. L’équipière chargée de l’animation prend son rôle à cœur et nous propose des chants de marins bien bretons accompagnés à l’accordéon. Première nuit à bord, à l’abri de la houle.

     
   
     

Dimanche 27 juin

Pour régler au plus vite quelques pannes : coulisseaux de grand-voile, pompe de douche et autres misères, Fantaisie met cap au Nord en direction d’Ajaccio, le loueur envoyant à sa rencontre un mécanicien à bord d’un bateau pneumatique. Fantaisie nous rejoindra plus tard en meilleure condition.

Départ juste après 8 heures pour une longue étape de quelque 20 nautiques. Pour libérer la vue vers l’avant et aérer les cabines, nous prenons l’annexe en remorque. Notre équipier, capitaine de marine marchande, leste l’amarre avec un poids, en l’occurrence l’ancre de secours. Note d’Auvergne Plaisance et Système D : nous savons désormais que cette technique permet d’éviter à la remorque de subir des à-coups, merci patron !

Un vent bien établi nous porte devant le golfe de Valinco puis jusqu’à la baie de Campomoro, où nous profitons d’une longue plage quasi déserte et de son eau turquoise : bain de rigueur.

     
 
     
 
     

Lundi 28 juin

Portés par un vent agréable, nous filons vers le Sud en longeant une côte où les abris sûrs se font finalement assez rares. Les équipiers se relayent à la barre. Nous snobons la Cala di Brijia et passons devant la pointe de Murtoli pour un mouillage déjeuner et baignade sous la roche en forme de lion qui domine la plage de Roccapina. Nous y sommes rejoints par Fantaisie, remis de ses premiers tracas.

     
   
     

Départ pour Bonifacio. Le vent nous oblige à tirer des bords au large de la baie de Figari pour éviter l’écueil d’Olmeto et doubler le cap de Feno avant d’embouquer le chenal qui mène au port de Bonifacio. Le site réputé nous attend, avec ses falaises, son goulet d’entrée, sa vieille cité fortifiée haut-perchée. Bien que balisée, l’entrée du chenal est difficile à découvrir depuis le large et l’approche du port d’autant plus surprenante pour ceux qui la découvrent.

Après moult tentatives en ligne d’inscription au port de Bonifacio, nécessitant l’enregistrement informatique de chaque membre d’équipage avec sa photo et tous ses justificatifs sanitaire, le chef de bord d’Agrasot décide d’une approche « à l’ancienne » : cap sur le ponton visiteur, aimables salutations au placeur dans son pimpant zodiac, puis visite à la capitainerie avec la montagne de justificatifs de santé. Le dialogue direct avec le placeur nous permet même d’amarrer bord à bord Agrasot et Fantaisie.

   
     
 
     
 
 
     

Original et splendide, le site de Bonifacio nous émerveille toujours. Les équipiers s’égaillent dans la ville. Certains montent à l’assaut de la ville haute. La vue plongeante sur le port depuis le haut de la falaise est impressionnante, même si quelques gouttes d’une pluie bienvenue viennent rafraîchir l’atmosphère.

Le soir, les deux équipages prennent l’apéritif en commun à bord d’Agrasot, c’est un bon moment de convivialité. On échange sur la navigation de ces derniers jours et sur les futurs destinations, mouillages et escales.

Plus tôt dans la journée, un capot d’Agrasot mal fermé a laissé entrer dans une cabine un flot loin d’être bienvenu. Ses occupants n’appréciant guère leur lit devenu water-bed, ils investissent le carré. Le palace se transforme en camping. Leur bonne humeur permanente n’est pas même égratignée par cette mésaventure.

Mardi 29 juin

Dès 9 heures, le soleil est bien là. Nous sortons de l’étroit chenal de Bonifacio, engoncée entre ses hautes falaises. Nous doublons La Madonnetta et faisons route sous voiles vers les îles Lavezzi. Pour mieux apprécier le site de Bonifacio, nous longeons la côte au plus près. Passé le cap Pertusato et l’île Saint-Antoine, nous faisons route pour contourner par le Sud l’île principale des Lavezzi, dominée par le monument de la Sémillante. Note d’Auvergne Plaisance et Culture : les explications sur le naufrage de La Sémillante sont disponibles, il suffit de solliciter Monsieur Google ou Madame Wikipédia.

     
   
     
 
     

Faute d’un mouillage abrité sur la côte Est à notre convenance, nous filons au Nord vers l’île Cavallo, puis allons chercher refuge dans la magnifique Cala di Zeri. C’est l’occasion d’un bon bain dans une eau turquoise de rêve, suivi d’un déjeuner à l’abri d’un vent bien établi. Après un petit tour sur la côte Est, Fantaisie vient nous rejoindre. Le temps étant splendide et la crique paradisiaque, le mouillage est très couru. Les bouches de Bonifacio sont bien à la hauteur de leur réputation.

     
   
     
 
     

Pour entamer notre trajet de retour vers Ajaccio, nous choisissons de revenir dans l’anse de Roccapina. Nous progressons en tirant des bords malgré le vent qui fraîchit et une houle méchamment associée. Nous contournons par le nord l’île Ratino. Après une longue route, c’est bien tard dans l’après-midi que nous allons mouiller au nord du golfe de Roccapina. A la nuit tombée, Fantaisie nous rejoint, guidé par les lampes frontales clignotantes des équipiers d’Agrasot. La nuit ne sera pas des plus confortables, la houle persistant longtemps, bien après que le vent soit calmé.

Mercredi 29

Navigation matinale de plus de 23 nautiques à la voile, avec de longs bords successifs. Nous traversons la baie de Propriano. Nous avons à bord une équipière amatrice éclairée de belles plages, qu’elle a eu maintes occasions de tester et comparer. Elle nous recommande avec enthousiasme celle de Porto-Pollo. Force est de reconnaître qu’elle a raison, l’eau est belle et nous invite une nouvelle fois à la baignade.

     
   
     

A 16 heures, cap sur le port de Propriano, niché dans une baie profonde. La petite ville ne peut rivaliser avec Bonifacio, dont elle ne possède ni l’originalité, ni la renommée. Au programme, découverte de la vieille cité et complément de l’avitaillement. C’est au tour de Fantaisie de nous recevoir à son bord pour l’apéritif en commun. Excellente ambiance, suivie d’une nuit tranquille.

     
   
     

Jeudi 1er juillet

Tandis que nos compagnons de route partent mouiller à Porto-Pollo, nous mettons le cap sur la Cala d’Orzou pour déjeuner « Chez Francis », célèbre paillote dont l’incendie a défrayé la chronique il y a plus de vingt ans. Renée de ses cendres, cette paillotte est aujourd’hui une table célèbre qui vaut vraiment le détour. Nous jetons l’ancre devant la belle plage où un « voiturier » vient nous chercher avec une annexe.

       
 
     
 
     
 
     

Après un délicieux et copieux déjeuner, nous reprenons la mer et filons rapidement sous voiles vers le Nord. C’est alors qu’un équipier attentif voit le chiffre des 10 nœuds s’afficher brièvement sur le loch ! La vitesse fond est légèrement inférieure mais la performance appréciable, d’autant qu’Agrasot rattrape Fantaisie avec aisance et le dépasse allègrement. Pourtant, Fantaisie est parti plus tôt de Porto-Pollo. Le fair-play nous oblige néanmoins à signaler au lecteur que la carène de Fantaisie, faute d’un entretien récent, abriterait une extraordinaire colonie de coquillages.

Agrasot est doté de voiles non d’origine, trop grandes donc difficiles à étarquer. Fort sollicité, le hale-bas cède. Nous avons bien constaté qu’il avait fait l’objet d’une réparation de fortune avant notre départ. Cela ne nous empêche pas, après avoir démonté le hale-bas, de filer sous voiles et de rejoindre rapidement l’anse bien protégée de Medea pour la baignade, le dîner et la nuit.

Vendredi 2 juillet

Dernier jour de navigation. Le vent est tombé et nous partons explorer les îles Sanguinaires. De loin, c’est un simple amas rocheux mais en approchant, nous découvrons un petit mouillage de caractère, accueillant déjà de trop nombreux bateaux. Mais l’appel de la plage reste puissant et celle de Barbicaja, justement renommée et vantée par notre experte en la matière, est incontournable. Nous mouillons donc pour le bain de rigueur suivi d’un déjeuner à quelques encâblures du sable blanc.

       
 
     

Puis c’est le retour vers le port Tino Rossi d’Ajaccio. Les relations avec le loueur sont tendues, car il veut nous imputer d’emblée le bris du hale-bas et autres défauts d’entretien des bateaux.

Enfin, c’est l’heure de boucler les bagages et de ranger le bateau avant une dernière nuit à bord.

Samedi 3 juillet

A 9 heures, nous devons quitter le voilier et la journée est longue jusqu’au moment d’embarquer sur le ferry de retour. Le soleil inonde la cité, il fait plus de 30°. Petit déjeuner en terrasse dans le bistrot du port qui a la courtoisie de garder nos bagages. Visite de la Maison de Napoléon avant un déjeuner sympathique dans une étroite ruelle. L’après-midi, nous déambulons dans les rues d’Ajaccio.

       
 
     
 
     

En fin d’après-midi, rendez-vous général au bistrot du port, histoire de prendre un verre, de récupérer nos bagages, puis déambuler en procession jusqu’à la gare maritime toute proche.

Le ferry prend la mer plus tôt que prévu, ce qui entraîne une arrivée assez matinale à Toulon. Dès 6 heures, un haut-parleur nous éjecte des cabines, le ferry étant déjà à quai. Nous prenons le petit déjeuner au port avant de nous séparer, au terme de cette belle croisière.

A bientôt pour de nouvelles aventures avec APC.

 

 

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